Il y a neuf ans, Resident Evil 7 réinventait en profondeur la franchise en basculant vers une perspective à la première personne. Le jeu suivait Ethan Winters, un homme ordinaire lancé à la recherche de sa femme Mia dans une demeure américaine en délabrement. Cette transition radicale depuis l’action débridée de Resident Evil 6 représentait un pari audacieux pour Capcom, un retour délibéré aux racines horrifiques de la saga plutôt qu’une continuation logique.
Le réalisateur Koshi Nakanishi s’était forgé une expertise pertinente avant ce projet. Après ses travaux sur Resident Evil 5 et le spin-off arcade Mercenaries 3D, il avait développé Resident Evil : Revelations sur 3DS. Ce dernier titre, confiné dans les corridors étroits d’un paquebot, l’avait contraint à modérer l’action effrénée. Nakanishi avait alors renoué avec les principes fondamentaux du genre, créant des environnements claustrophobiques rappelant le manoir Spencer originel. Resident Evil 7 couronnait naturellement cette évolution.
Les influences cinématographiques affleurent partout dans le jeu. La franchise avait toujours adoré les films américains, notamment les zombies de George A. Romero, mais Resident Evil 7 s’inspirait davantage du Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. La scène mémorable du repas en famille fonctionnait comme un dialogue direct avec ce classique. L’introduction de Mia possédée empruntait à Evil Dead avec sa dualité entre fausse innocence et violence brute, mutilations corporelles comprises. Le mini-jeu 21 des DLC évoquait Saw, avec ses enjeux morbides.
Ethan Winters incarnait paradoxalement le personnage le plus fascinant de la franchise. Homme ordinaire sans statut surhumain, dépourvu de la capacité à terrasser des créatures géantes d’un coup de pied, il restait simplement un trentenaire déterminé à retrouver sa vie normale. L’équilibre était délicat : trop terne, il devenait oubliable ; trop bavard, il sombrait dans le cynisme Marvel. Or Ethan réagissait naturellement, paniquant authentiquement face aux menaces, ce qui le rendait attachant dans cet univers extravagant.
Resident Evil 7 catalysait la renaissance de Capcom en inspirant le développement du moteur RE Engine. Depuis 2017, ce moteur porte tous les succès de l’éditeur, particulièrement dans les expériences solo où son optimisation brille. La démo évolutive du jeu constituait également un coup de génie marketing : mise à jour progressivement, elle révélait mystères et secrets sans action initiale, prenant volontairement des risques après Resident Evil 6.
Koshi Nakanishi réapparaîtra bientôt sur Resident Evil Requiem, prévu pour le 27 février. Ce titre fusionnera l’horreur de Resident Evil 7 avec l’action démesurée du remake de Resident Evil 4, offrant une conclusion à l’histoire d’Umbrella Corporation. Retrouver le réalisateur sur deux terrains demeure séduisant. Reproduire la surprise de Resident Evil 7 relève peut-être de l’impossible, mais perpétuer sa maîtrise et sa liberté de mise en scène reste l’enjeu essentiel.




