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Devil May Cry 2 demeure à la fois un mauvais opus de la série et une action décevante selon les critères du genre

Baptiste Lacomme

Devil May Cry 2 incarne la déception totale. Le 28 janvier 2003, Dante revient sur PlayStation 2 dans ce qui devait être un retour triomphal, marchant sur les traces d’un premier jeu révolutionnaire. Le résultat s’avère catastrophique, et les années n’ont fait qu’aggraver cette sensation d’échec cuisant et inévitable.

Le premier Devil May Cry, lancé en 2001, avait transformé les codes du jeu d’action. Conçu initialement comme Resident Evil, il mute en expérience hybride débridée. Son gameplay emprunte aux jeux de combat avec des combos rhythmés, tandis que les armes blanches dialoguent intelligemment avec celles à feu. C’est aussi une leçon d’ambiance et de direction artistique où Dante devient rapidement iconique. Le titre démontre ce que la PS2 peut offrir techniquement en ce début de carrière.

Capcom lance le développement de DMC 2 avant même que le premier jeu sorte, sans informer l’équipe originale de Hideki Kamiya. Pire encore, un réalisateur inconnu prend la tête du projet, un premier opus pour ce dernier. Capcom le congédie cinq mois avant la sortie. Hideaki Itsuno hérite finalement d’une patate chaude : livrer en quelques mois un jeu inachevé aux fondations fragiles et aux ambitions impossibles à concrétiser.

À sa sortie, DMC 2 déçoit immédiatement. Malgré ses promesses louables—une deuxième campagne avec Lucia et un cadre urbain démonique—le jeu s’appuie sur de faux prétextes. Il recycle les éléments du premier sans respecter sa continuité narrative. Dante reste muet sans justification, détruisant sa personnalité adulée. Le méchant Arius devient une parodie embarrassante. Les situations absurdes s’enchaînent : des chars d’assaut démoniaques, un boss hélicoptère hors-caméra, un combat sous-marin injouable. Pouvoir vaincre tous les ennemis en martelant les touches d’armes à feu annihile l’ADN du gameplay original.

Les années confirment que DMC 2 est un mauvais jeu d’action, pas simplement un mauvais DMC. Les environnements illisibles et les essais artistiques ratés enfoncent le clou. Quelques éléments positifs subsistent : le chara-design de Dante s’avère remarquable, la personnalisation du Devil Trigger avec des amulettes était intéressante, et les animations permettent à Dante de courir sur les murs. La bande-sonore reste correcte. Cependant, rien ne sauve le fils de Sparda.

Avec 1,7 million de ventes, DMC 2 réalise le pire score de la saga. Cette débâcle provoque une réaction décisive : Hideaki Itsuno, profondément affecté, détermine à prendre sa revanche. Il se mobilise pour créer DMC 3, prouvant que la franchise n’est pas morte et qu’un vrai jeu d’action, c’est possible. Devil May Cry 3 devient un pilier du beat them up nippon et l’un des meilleurs titres de tous les temps. Ironiquement, on peut remercier le prédécesseur de s’être écrasé aussi spectaculairement.

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