L’escalade passionne particulièrement les développeurs de jeux vidéo en ce moment. Deux titres français sur ce thème arrivent avec un lancement rapproché, mais les comparer serait une erreur. Tandis que Jusant offrait une expérience douce et initiatique, Cairn propose une approche bien plus réaliste de la montagne, brutale et exigeante. Cette différence philosophique soulève une question centrale : ce pari ambitieux est-il vraiment réussi ?
Aava n’est pas une novice en escalade. Cette alpiniste accomplie a déjà conquis de nombreux sommets réputés impossibles. Pourtant, un objectif ultime l’attire : le mont Kami, que personne n’a jamais atteint. Ceux qui l’ont tenté ont disparu, leurs corps restant suspendus aux cordes ou gisant au pied des falaises. Cette quête suicidaire symbolise une réflexion profonde sur l’ambition humaine. Le jeu explore les liens familiaux, la passion, la transmission et l’acceptation de l’échec avec une sensibilité remarquable.
La mort plane constamment au-dessus de cette ascension périlleuse. Le gameplay reflète cette menace vitale à travers des mécaniques exigeantes où escalade et survie s’entrelacent naturellement. Votre sac à dos devient stratégique : espace limité, ressources à optimiser. Gérer la faim, la soif, l’adhérence des mains, les pitons de sécurité et les médicaments demande de véritables arbitrages. Survie et grimpette forment une expérience intégrée et gratifiante. Les quatre constantes à surveiller (faim, soif, douleur, froid) imposent une gestion intelligente des phases de repos et de cuisine.
Le système de difficulté mérite des éloges. Mode facile pour les débutants, assistance personnalisable inspirée de Celeste, puis Free Solo pour les experts recherchant un véritable défi. Cette progressivité permet à chacun de vivre son aventure sans compromis. Les équipes de The Game Bakers ont excellé dans la mécanique d’escalade pure : fluidité des mouvements, répartition des appuis, évaluation de la force requise. Rien de hasardeux : étudier les formes des prises, jouer avec les angles, gérer son endurance demandent de la technique. Multiple voies, exploration latérale des failles, prévisualisation des chemins : la curiosité trouve constamment sa récompense.
Malheureusement, plusieurs bugs frustrants apparaissent régulièrement. Pieds qui ne se calment pas où prévu, robot de compagnie coincé, plateformes non reconnues : autant de problèmes causant des chutes injustifiées et des recommencements irritants. La gestion météorologique pose problème également. Pluie et vent affectent inégalement la progression, le magnésie neutralisant souvent leurs effets. Les avalanches permettent inexplicablement de rester accroché. Ces incohérences brisent l’immersion et contredisent la philosophie réaliste du jeu.
Visuellement, Cairn brille. Direction artistique maîtrisée, panoramas époustouflants exploitant couleurs et lumières, mode Photo intégré : le jeu capture la beauté majestueuse des montagnes. Bande-sonore discrète mais émouvante, trame narrative entrecroisée avec les phases de gameplay : l’art se marie efficacement au médium vidéoludique. Environ quinze heures pour tout explorer permettent de ressentir cette liberté propre aux sommets.
Cependant, la conclusion narrative manque cruellement d’impact. Après une montée en tension remarquable durant les dernières heures, le dénouement bascule vers un cliché prévisible et poétique. Cette fin atténue les émotions brutes et l’authenticité construites jusque-là, laissant un arrière-goût amer. Le jeu offre un diamant brut d’une main puis le fracasse de l’autre avec un piolet. Cairn maîtrise ses mécaniques et ses émotions authentiques, pourtant les bugs et cette conclusion faible empêchent l’excellence. Une ascension éreintante qui aurait mérité un sommet digne de ses efforts.




