Pourquoi Rule of Rose intrigue-t-il toujours autant les joueurs sur PS2 ?
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Pourquoi Rule of Rose intrigue-t-il toujours autant les joueurs sur PS2 ?

LSDA

Le 3 novembre 2006 marque l’arrivée européenne de Rule of Rose, un titre déjà passé inaperçu au Japon depuis janvier de la même année. En France, le jeu parvient à franchir les barrières administratives, mais il traîne derrière lui une réputation sulfureuse, alimentée par des rumeurs et des polémiques. Sur la vaste ludothèque de la PlayStation 2, Rule of Rose s’impose aujourd’hui comme une rareté, auréolée d’un statut culte et controversé.

La sortie occidentale du jeu a été précédée d’une controverse sans précédent, reposant sur des accusations infondées. Tout commence avec un article sensationnaliste du magazine italien Panorama, relayé sans vérification par des responsables politiques. Les allégations, telles que « Pour gagner, le joueur doit enterrer un enfant vivant » ou « Chaque scène est imprégnée de sous-entendus homosexuels et sadiques », sont entièrement fausses. Cette désinformation, amplifiée par des élus, a plongé le jeu dans une cacophonie médiatique.

Le maire de Rome, Walter Veltroni, et plusieurs députés français, dont Bernard Depierre et Lionel Lucca, appellent alors au boycott du titre. Ils vont jusqu’à évoquer des scènes de « violer une gamine de cinq ans » et qualifier le jeu de « nazisme ordinaire ». Cette agitation aboutit à l’interdiction de Rule of Rose au Royaume-Uni. Il sera révélé plus tard que le journaliste à l’origine du scandale n’avait jamais joué au jeu, se basant uniquement sur des discussions de forums.

Un gameplay critiqué mais une ambiance inoubliable

Sur le plan ludique, Rule of Rose déçoit par ses mécaniques datées. L’héroïne, Jennifer, se révèle peu défendable et le jeu impose de nombreux allers-retours dans des environnements étendus. Les déplacements et combats, déjà rarement aboutis dans le genre à l’époque, sont ici particulièrement laborieux. La carte, loin d’égaler celle d’un Silent Hill, peine à orienter le joueur.

Cependant, à l’instar de titres comme Deadly Premonition, Rule of Rose fascine par son atmosphère, sa narration et ses thèmes. Le récit, riche en métaphores, laisse place à l’interprétation et suscite des débats bien après le générique. Le jeu s’impose comme une expérience marquante, dont on ne sort pas indemne.

Œuvre d’horreur psychologique, Rule of Rose explore la perte de l’innocence, la manipulation, la cruauté enfantine, la peur de l’abandon et le harcèlement. Cinquante minutes de cinématiques, réalisées par le studio Shirogumi, subliment la direction artistique. Punchline, le studio derrière le jeu, n’aura livré que deux titres, dont celui-ci, sous la houlette de Yoshiro Kimura. La bande-son, signée Yutaka Minobe, enveloppe le tout d’une ambiance à la fois douce et inquiétante.

Angleterre des années 1930 et symbolique de l’enfance

L’intrigue se déroule en Angleterre, en 1930. Jennifer, orpheline de 19 ans, se retrouve prisonnière d’un orphelinat délabré, puis d’un dirigeable contrôlé par une société d’enfants aristocrates. Reléguée au plus bas de l’échelle sociale, elle doit satisfaire les exigences de ses geôlières et affronter d’étranges créatures. Son unique allié, le labrador Brown, joue un rôle central dans le gameplay, guidant Jennifer grâce à son flair.

Rule of Rose met en scène la dualité de l’âme enfantine, oscillant entre innocence et cruauté. Jennifer subit humiliations et tortures, devenant la cible de l’acharnement collectif. Certaines séquences, à la frontière du suggestif, évoquent des dynamiques troubles, notamment la relation entre Clara et le directeur Hoffman. La symbolique du jeu, notamment lors des affrontements de boss, n’a rien à envier aux œuvres majeures du genre.

Le réalisateur Shuji Ishikawa explique : « Nous voulions en quelque sorte montrer non seulement à quel point les adultes peuvent être effrayants du point de vue d’un enfant, ce qui est un thème déjà souvent exploré, mais aussi à quel point les enfants peuvent être effrayants du point de vue d’un adulte. Nous voulions montrer ce contraste. » Le scénario, inspiré des contes des frères Grimm et de l’univers d’Edward Gorey, brille par sa mise en scène et sa capacité à distiller le doute.

Réception critique et statut d’œuvre maudite

La presse, souvent déconcertée, attribue au jeu une note moyenne de 59 sur Metacritic. Malgré ses défauts de gameplay, Rule of Rose séduit par son atmosphère et la puissance de son symbolisme. Yukishiro résume ainsi : « Avec Rule of Rose s’impose l’épineux dilemme entre une production archaïque et une ambiance redoutable. Pas très beau, ni très jouable, ni très varié, ni très rythmé, le jeu parvient pourtant à dégager quelques lueurs d’intérêt grâce à un travail exceptionnel sur l’atmosphère. »

Accéder aujourd’hui à Rule of Rose relève du défi. Bien que publié par 505 Games en Europe et Atlus aux États-Unis, le jeu reste une propriété Sony, jamais rééditée sur le PlayStation Store. Yuya Takayama, producteur chez Sony Japon, confie : « Eh bien, quand Sony a examiné le jeu, ils ont estimé qu’il ne correspondait pas vraiment à leur image de marque. Leur fierté personnelle voulait que ce soit un peu plus sage, si le nom de Sony devait y être associé aux États-Unis. » Le titre demeure ainsi l’un des objets les plus convoités et mystérieux de la PlayStation 2.

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