À la fin des années 1990, le beat’em up, autrefois omniprésent en 2D, a connu une transition difficile vers la 3D. Fighting Force s’est imposé comme l’un des exemples les plus marquants de cette mutation complexe. Le titre, développé par Core Design, incarne à lui seul les défis techniques et créatifs rencontrés par le genre à l’aube de la 3D.
Alors que le beat’em up connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, la majorité des studios privilégient une esthétique 2D, fidèle à l’héritage du genre. La fusion entre beat’em up et 3D n’a jamais été impossible, mais rares sont les titres à avoir su s’imposer, à l’exception de quelques expériences notables comme Sifu ou Die Hard Arcade. Fighting Force demeure un jalon, non pas pour son excellence, mais pour ce qu’il révèle de cette période charnière.
Fighting Force, un projet initialement conçu comme Streets of Rage 4
La genèse de Fighting Force est aussi fascinante que son gameplay. Core Design, auréolé du succès de Tomb Raider, avait proposé le projet à Sega comme potentiel quatrième opus de la saga Streets of Rage. Sega refusa poliment, mais le développement se poursuivit d’abord sur Saturn, avant qu’Eidos Interactive ne privilégie la PlayStation, jugée plus porteuse commercialement. Le jeu sort finalement à l’automne 1997 sur la console de Sony, au grand regret de Sarah Jane Avory, créatrice principale, qui rêvait d’offrir à Sega un Streets of Rage en 3D.
La question demeure : si Sega avait accepté, à quel point ce Streets of Rage 4 aurait-il différé de Fighting Force ? Sarah Jane Avory confiait à Old School Gamer Magazine : « Après que l’idée de Streets of Rage a été abandonnée, nous n’avons pas eu besoin de beaucoup modifier le jeu ; à la base, il n’avait pas été conçu pour être un Streets of Rage, mais simplement quelque chose du même genre, même si Roberto (ndr : Cirillo, le principal artiste du jeu) a bien modélisé et texturé certains des personnages de Streets of Rage. »
Interactivité et arsenal : une approche radicale du décor
Fighting Force se distingue par son interactivité poussée avec l’environnement. Dès les premiers instants, le joueur peut tout briser, ramasser ou arracher pour s’en servir comme arme. Sur le parking, il est possible de démolir une voiture de police à mains nues, d’en extraire roues et moteur pour affronter les ennemis, et même de récupérer un lance-roquettes utile pour progresser. Cette liberté d’action marque une rupture avec les conventions du beat’em up 2D.
L’arsenal va bien au-delà des traditionnelles armes blanches. Pistolets, fusils à pompe et mitraillettes enrichissent l’expérience, mais cette originalité reste l’une des rares innovations du titre. Fighting Force propose également des embranchements permettant de choisir le niveau suivant, mais souffre d’une réalisation technique limitée et d’une caméra difficilement maîtrisable, notamment en mode deux joueurs.
Des sensations de jeu en retrait face à l’héritage 2D
Le manque de personnalité du jeu, l’absence de narration et de bande-son mémorable, ainsi qu’un gameplay peu satisfaisant, limitent l’impact de Fighting Force. Pour les joueurs initiés sur PlayStation, l’expérience pouvait sembler novatrice, mais pour les amateurs de beat’em up 2D, la comparaison tourne vite au désavantage de la 3D. Sega n’a d’ailleurs jamais franchi le pas d’un Streets of Rage en 3D, contrairement à d’autres licences comme Golden Axe ou Altered Beast.
Lorsque Dotemu a relancé la franchise avec Streets of Rage 4, le choix d’une 2D fidèle à la Mega Drive s’est imposé comme une évidence, renouant avec la fluidité et la précision des origines. Le retour aux sources a été salué pour sa capacité à préserver l’essence du genre tout en modernisant le gameplay.
Succès commercial malgré une réception critique mitigée
Les personnages de Fighting Force – Hawk Manson, Mace Daniels, Alana McKendricks et Ben « Smasher » Jackson – disposent chacun d’une attaque spéciale, consommant une partie de la barre de vie, dans la droite ligne de Streets of Rage et Final Fight. L’action se déploie à travers divers environnements, du gratte-ciel du Dr. Zeng à la base militaire, en passant par le centre commercial et la station de métro.
Malgré des critiques réservées (5/10 pour GameSpot, 5,5/10 chez IGN, 6/10 dans Edge), Fighting Force s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, dont près de 600 000 sur PlayStation aux États-Unis. Sa suite, sortie en 1999, n’a pas rencontré le même succès, s’éloignant du beat’em up classique au profit d’une approche infiltration, et n’autorisant plus qu’un seul personnage jouable. Un troisième épisode, amorcé en 2002-2003, devait renouer avec l’ambiance sombre et violente du genre, mais fut abandonné, Core Design étant fragilisé par l’échec de Tomb Raider : L’Ange des Ténèbres.
Un retour attendu avec la Fighting Force Collection
En juin 2024, Limited Run Games a annoncé la sortie prochaine de la Fighting Force Collection, compilation prévue sur PlayStation, Switch et Steam. Cette édition, signée Implicit Conversions, proposera une nouvelle illustration de couverture, sans modification du contenu original, offrant ainsi une occasion de redécouvrir cette série emblématique du passage à la 3D.




