Voilà vingt-cinq ans que Mort the Chicken occupe une place singulière dans l’histoire du jeu vidéo. Ce platformer 3D sorti en novembre 2000 sur PlayStation n’a jamais prétendre rivaliser avec les grands succès de son époque. Son créateur, Ed Annunziata, connu pour Ecco the Dolphin, n’a jamais cherché à paraître cool. Le studio AndNow et l’éditeur Crave ont misé sur une poule excentrique plongée dans un univers peuplé de gallinacés, où l’armée des Cubes du General Cubicles sème le chaos en capturant tous les poussins.
À la fin de la vie de la PS1, quand toute l’attention se tournait déjà vers la PS2, produire un jeu de plateforme relevait de l’audace. Les concurrents optaient pour des suites itératives ou l’expérimentation radicale. Mort the Chicken incarnait une approche différente, proposant une aventure ancrée dans une dimension parallèle, avec son propre univers cohérent malgré les limitations du hardware Sony.
Le jeu se structure autour de douze niveaux suivant le modèle classique du collectathon. Les joueurs doivent rassembler de petits poussins pour progresser. Les environnements restent géométriquement simples, composés essentiellement de cubes. L’originalité se manifeste surtout aux chargements, avec des pastilles d’œuvres d’art célèbres, et lors des cinématiques de transition mettant en scène des scènes absurdes d’aérobic ou des présentateurs télévisés impassibles.
L’humour décalé se veut pince-sans-rire, mais sa subtilité échappe largement au public enfantin auquel il s’adresse. Les contrôles manquent de précision, la caméra pose problème, et chaque saut possède une sensation flottante désagréable. C’est précisément ce type de jeu moyen qui forge l’esprit critique des jeunes joueurs, avant d’être rangé dans les derniers recoins des ludothèques.
Pourtant, en 2023, Pizza Tower rend hommage à ce personnage oublié en dédiant un stage entier à Mort, permettant même de l’incarner aux côtés de Peppino. Ce caméo surprend et ravit cette poignée de joueurs ayant croisé cette poule décalée. Notre vision du jeu vidéo ne se forge pas uniquement par les meilleures notes, mais aussi par ces titres ordinaires qui jalonnent notre histoire ludique personnelle.




