Il y a exactement vingt-et-un ans, Gran Turismo 4 franchissait le cap de sa majorité universelle. Sorti le 29 décembre 2004 au Japon, ce titre de Polyphony Digital a ensuite conquis le reste du monde avec sa démonstration incontournable de ce que pouvait offrir une simulation automobile passionnée. Le monde entier a depuis largement eu le temps de découvrir ce monument vidéoludique, qui a définitivement établi les fondations d’une série éprise d’immensité.
L’équipe dirigée par Kazunori Yamauchi n’a jamais dissimulé son ambition : créer bien plus que de simples jeux vidéo, mais plutôt des hommages interactifs exprimant un amour démesuré pour l’automobile. Le premier Gran Turismo avait posé les premières pierres impressionnantes, tandis que sa suite s’était lancée dans une escalade folle en proposant plus de 600 véhicules, au détriment parfois de la finesse technique. Cette philosophie de l’excès s’affirmerait pleinement avec le quatrième opus.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 720 automobiles, 80 constructeurs, 51 circuits différents, accompagnés d’une pléthore impressionnante de compétitions, d’épreuves de permis et de missions. Le jeu proposait deux approches distinctes, incluant déjà un mode Photo révolutionnaire pour l’époque, ainsi que des possibilités qui semblaient hallucinantes en 2004. Trois courses d’endurance de vingt-quatre heures côtoyaient d’autres défis de prestige, poussant la PlayStation 2 à ses limites extrêmes.
L’interface du mode Carrière incarnait parfaitement cette philosophie excessive : vaste et labyrinthique, parsemée d’icônes disparates représentant pays, marques et compétitions. C’était un désordre organisé qui étalait généreusement le contenu massif accumulé par des développeurs avides de dépasser tous les records. Les temps de chargement multiples entre chaque section témoignaient de l’ampleur du projet technique.
Visuellement, Gran Turismo 4 incarnait l’élégance et la douceur graphique, figurant parmi les créations les plus belles de la PS2. La modélisation minutieuse de ses 700 véhicules s’accompagnait de décors raffinés et d’effets lumineux intemporels. La physique avait progressé considérablement, tandis que la bande sonore fusionnait acid-jazz tokyoïte, pop-rock et drum and bass caféinée.
Cette formule d’excès, entrevue dans les opus antérieurs, s’était cristallisée définitivement ici. Gran Turismo 5 reproduirait ce schéma, mais après un développement étonnamment long, en 2010. Le jeu PS3 s’approprierait même massivement du contenu retraité de Gran Turismo 4, comme si l’œuvre PS2 projetait encore son imposante ombre sur la génération suivante.
Bien qu’imparfait, avec une intelligence artificielle défaillante, l’absence de dégâts véhicules et aucune capacité multijoueur en ligne, Gran Turismo 4 restait le dernier cadeau de Polyphony Digital aux utilisateurs de PS2. C’était une démonstration technique ultime de la console la plus vendue de l’histoire du jeu vidéo.




